Le Château Fort

Etymologie

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Les plus anciens occupants du lieu, en lisière de la forêt charbonnière, calcinaient la pierre calcaire qui affleure pour en faire de la chaux.

Etymologiquement, le nom d’Ecaussinnes viendrait du bas-latin calcinae ou calciadae qui signifierait "chaufours", fours à chaux.

La forme la plus archaïque du nom est "Scaucia".

On la trouve dans un diplôme de Pépin le Bref, maire du palais, restituant à l’Abbaye St-Denis près de Paris diverses possessions qui lui avaient été ravies dans le Pagus Bracbatensis (le pays de Brabant), notamment "Scaucia et Cambro" (Ecaussinnes et Cambron).Par un diplôme de 775, Charlemagne, qui s’intitule encore roi des Francs et des Lombards, confirme la restitution faite par son aïeul.

L’ Ecaussinnes d’aujourd’hui résulta de la fusion de trois communes :

    • Ecaussinnes-Lalaing

    • Ecaussinnes d’Enghien

    • Marche-lez-Ecaussinnes.

Le nom de Marche vient du latin "marca", qui signifie limite.

C’est que ce lieu est à la limite de l’ancien comté de Hainaut. 

Et les deux châteaux dont s’enorgueillit le village faisaient partie d’une ligne de fortifications qui défendaient le comté, notamment contre ses voisins: le duché de Brabant et le comté de Flandre. 

Le château fort fut édifié au XIIe siècle, sous le comte Baudouin V de Hainaut. Depuis toujours, c’est l’occupant du château fort qui porte le titre de seigneur d’ Ecaussinnes

Les Seigneurs

Les premiers seigneurs du lieu en portaient le nom tels Wicart, Eustache ou Oste d’Ecaussinnes.

Ils exerçaient le droit de haute, basse et moyenne justice. La haute justice était la juridiction qui avait à connaître des crimes, punis de mort, de peines corporelles, etc. Le pilori en était l’emblème.

Il s’élevait dans le village, à l’endroit aujourd’hui appelé "Place des Martyrs". La basse et la moyenne justice traitaient les affaires civiles et pénales de moindre importance.

En 1357, Jeanne d’Ecaussinnes, fille d’Oste, qui allait hériter la seigneurie, épousa Simon de Lalaing, grand bailli de Hainaut et sénéchal d’Ostrevant.  En 1384, Marie de Lalaing, fille de Simon et Jeanne, épousait Englebert d’Enghien, qui avait acquis la seigneurie voisine de La Follie.  Ces deux unions sont à l’origine de la dénomination des deux quartiers les plus anciens du village : Ecaussinnes Lalaing et Ecaussinnes d’Enghien, chacun ayant son château et son église.

Simon III de Lalaing meurt en 1414, il n’a que deux filles.  La cadette, Marie, à qui revient Ecaussinnes, épouse Jean de Croÿ, comte de Chimay, Grand Bailli de Hainaut conseiller intime de Philippe le Bon puis de Charles le Téméraire. Ce grand diplomate, amateur d’art, chevalier de la première promotion de l’Ordre de la Toison d’Or, acquérait par son mariage la seigneurie d’Ecaussinnes.

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Ecu de la cheminée
(Salle d'armes)

C’est lui qui entreprit les transformations, achevées par son fils Michel, qui donnèrent au château son aspect actuel. Il mourut en 1472. Ce sont les armes de Michel de Croÿ qui sont gravées dans la pierre de la cheminée de la salle d’armes.


Michel de Croÿ mourut en 1516 (son tombeau en pierre du pays, sur lequel il est figuré sous la forme d’un gisant en armes, peut être admiré dans l’église paroissiale de Sainte Aldegonde). Il léguait le château à son frère Jacques, Evêque de Cambrai.

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Tombeau de Michel de Croÿ
(Eglise Ste-Aldegonde)

 

Celui-ci le vendit à son neveu, Charles de Croÿ, le premier prince de Chimay, qui le légua à sa fille Marguerite ; et par suite du mariage de celle-ci avec Charles II de Lalaing, le château fit retour, pour près d’un siècle, à cette illustre famille. En 1624, Marguerite de Lalaing, dame d’Ecaussinnes, et son mari le comte Florent de Berlaymont, vendirent la seigneurie à Messire Philippe van der Burch, ancien bourgmestre du Franc de Bruges et grand bailli de Hainaut, et frère de François van der Burch, qui fut Evêque de Gand puis Archevêque Duc de Cambrai.


Les van der Burch se succédèrent au château fort d’Ecaussinnes jusqu’en 1854, année de la mort du comte Charles-Albert. Ce dernier avait de nombreux enfants, et les lois napoléoniennes sur les successions ne l’autorisaient pas à en favoriser un.

Il fallut donc vendre le château, qui fut acquis par le duc d’Arenberg.

 

De 1854 à 1930

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Vue d'ensemble de la salle d'armes

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La tour d'entrée

Le duc d’Arenberg, qui avait de nombreuses autres propriétés, ne s’intéressait en fait qu’aux revenus des terres, et laissa le château à l’abandon. Après avoir été occupé quelque temps par une communauté religieuse, le château fut converti en école au temps des luttes scolaires. 

En 1914, il fut occupé pendant quelques semaines par les troupes allemandes. 

En 1918, les Allemands, préparant leur grande offensive dans le Nord de la France, en évacuèrent les habitants, et un millier de ces malheureux furent internés au château fort.

Plusieurs, victimes des privations, y moururent. 

En novembre 1918, ce furent des troupes canadiennes qui y prirent leurs cantonnements. 

En 1920, un groupe d’industriels conçut le projet de transformer le château en habitations ouvrières. Heureusement, le chanoine Puissant, qui avait déjà donné maints témoignages de l’intérêt qu’il portait aux monuments en péril, intervint à temps. 

En 1923, il acheta à la princesse Sarsina Aldobrandini, héritière du duc d’Arenberg, le château et le jardin, beau spécimen de l’art des jardins dans nos provinces au XVIIe S.

Après avoir fait quelques restaurations (notamment dans la salle d’armes dont il dégagea la cheminée monumentale, et les deux fenêtres gothiques qui avaient disparu sous les stucs), il y disposa les collections de meubles, d’étoffes, de vieux livres, qu’il avait rassemblées au cours de longues années de recherches.

Il ouvrit le château aux visiteurs, qui peu à peu y affluèrent. 

En 1927, le comte Adrien van der Burch, que les hasards d’une excursion avaient amené aux Ecaussinnes, visitait le château de ses aïeux. Le chanoine Puissant sut le persuader de le racheter. Il poursuivit les travaux de restauration ébauchés par son prédécesseur.

Il s’attacha à remettre en valeur l’architecture médiévale de la partie la plus ancienne. 

En 1930, il rétablit le campanile de la tour d’entrée, dont une tempête avait abattu la toiture à la fin du XVIIIe siècle, et il fit remettre en état le mécanisme de l’horloge, qui désormais sonna à nouveau les heures et les demies

La Fondation

Ayant perdu son fils unique, Yves, mort de privations en 1945 au camp de concentration nazi de Flossenburg, le comte Adrien van der Burch, en 1948, créa la fondation qui porte son nom, dans le but de préserver cette oeuvre de sa vie et de perpétuer le souvenir de sa famille.

Il lui fit don du château, de ses dépendances et des collections qu’il renferme ainsi que d’un capital, à charge pour elle d’assurer la conservation des bâtiments ainsi que le maintien et le développement du musée.

La Fondation fut reconnue comme établissement d’utilité publique par arrêté du Régent le 27 septembre 1948.

Le comte Adrien van der Burch est mort en 1954. Le président de la Fondation est Monsieur Freddy Cartuyvels ; il en fut aussi le premier administrateur délégué ; son successeur dans cette fonction est le comte Robert d’Ursel.

 

Le Château Fort aux différentes époques

chateaufort_sennette.jpg   Vue du coté Sennette en contre-plongée

De nos jours, où tant de routes sillonnent le pays en tous sens et où l’on franchit les cours d’eau sans même s’en apercevoir, il faut faire un effort d’imagination pour comprendre qu’il y avait, pour une armée en marche, des passages obligés : un défilé pour passer des escarpements, un gué pour franchir une rivière. Les points propices au contrôle de ces passages obligés, principalement aux frontières, sont ce qu’on appelle des endroits stratégiques.


Le château fort d’Ecaussinnes en occupe un. Situé en Hainaut, aux confins du Brabant, il dépendait aussi de l’évêché de Cambrai, face à celui de Liège ; il contrôlait un gué de la Sennette qui coule à ses pieds. Il se dresse sur un éperon rocheux qui domine la rivière, et qu’une fracture naturelle sépare du reste du plateau (ce qu’on appelle un éperon barré) sans doute depuis les temps de la Gaule romaine.

Depuis l'antiquité, les fortifications sont constituées par des murailles (celles des châteaux forts sont appelées courtines) entourées de fossés larges et profonds (les douves) ou dressées au sommet d'escarpements, et percées d'archères - fentes étroites s'élargissant vers l'intérieur, par lesquelles on pouvait tirer des flèches sur les assaillants.

Le sommet de la muraille, bordé de créneaux, constituait le chemin de ronde, où les défenseurs montaient la garde.

Les assaillants cherchaient à atteindre le pied des murailles pour y dresser des échelles ou pour en saper les bases. Pour les combattre du haut du rempart, les défenseurs auraient dû s'exposer, c'est pourquoi les courtines étaient bordées de tours flanquantes et de tours d'angle, elles aussi percées d'archères et couronnées de créneaux, qui donnaient du recul aux défenseurs et leur permettaient de rester à l'abri.

Chaque tour défendait ses voisines et la portion des murailles qui les séparait.

Des corps de logis et autres bâtiments prenaient appui sur les murailles. Dans l'enceinte se dressait le donjon, haute tour qui constituait à la fois le logis et le dernier refuge au cas où l'enceinte principale serait investie, et où l'on conservait munitions et provisions.

Tel devait être, à la fin du XIVe S, le château fort d'Ecaussinnes, qui avait été renforcé par Simon de Lalaing, devenu seigneur du lieu par son mariage, en 1357, avec Jeanne d'Ecaussinnes.

Vers le milieu du XVe siècle, le château fort ayant perdu son importance militaire par suite de l'unification de nos provinces dans le duché de Bourgogne, Jean de Croÿ, et après lui son fils Michel, entreprirent de le transformer en résidence.

L'aile est, qui fermait la cour, fut abattue pour donner plus de lumière Les autres bâtiments furent refaits. Selon toute vraisemblance, les tours et les murs extérieurs furent rehaussés d'un étage, et au lieu des étroites fentes des archères, de larges baies y furent percées pour éclairer les nouveaux corps de logis ; les bâtiments furent couverts de leurs belles toitures d'ardoise, et les tours, coiffées de leurs élégants clochetons, sommés d'altières girouettes figurant des fanions, qui de loin signalent le château.

La chapelle gothique fut édifiée sur l'emplacement de l'ancien pont-levis ; ce fait explique pourquoi son accès est commandé par une puissante porte de chêne que ferment des verrous à secret et qui, maintenant englobée dans le bâtiment, se trouve à la limite de l'ancienne enceinte.

Au début du XVIIIe S enfin, l'aile d'entrée fut à son tour rebâtie ; un ancien passage d'accès, situé au milieu, fut obturé et remplacé par la tour-porche actuelle, de style Renaissance.

 

Anecdotes

chateaufort_sousbois.jpg  En 1602, selon la tradition, la comtesse de Lalaing mit le feu au château pour en expulser une garnison espagnole qu'on voulait lui imposer.

Des pièces de la charpente actuelle sont datées du début du XVIIe S, ce qui confirmerait qu'elle a été refaite à cette époque.

Le château fut occupé par les troupes de Louis XIV ; il servit de quartier général au général français Castey pendant les guerres de Napoléon.

Au temps des van der Burch, il fut témoin de réceptions brillantes, et des hôtes illustres y reçurent l'hospitalité. Ainsi le prince Charles de Lorraine, gouverneur de nos provinces pour l'impératrice Marie-Thérèse (de 1744 à 1780), y fit de nombreux séjours.

C'est ce prince éclairé qui avait recommandé à ses hôtes d'enduire de plâtre murs et plafonds, non seulement à titre décoratif, mais comme protection contre les incendies.

Après les années troubles de la révolution française et les guerres de l'Empire, le duc et la duchesse de Kent, futurs parents de celle qui allait être la reine Victoria, y logèrent quelques semaines avant la naissance.

En février 1943, M. Vandemeulebroek, bourgmestre de Bruxelles, qui, après trois mois de captivité à la prison de Saint Gilles, avait été placé par l'ennemi en résidence forcée dans une propriété aux environs de Termonde, accepta, avec l'autorisation des autorités allemandes, l'hospitalité que lui offrait le comte Adrien van der Burch. Il résida au château jusqu'à la libération de Bruxelles.

Pendant la guerre de 1940, les officiers de l'Armée Secrète opérant dans la région y tinrent leurs réunions. Des réfractaires au travail forcé et des prisonniers traqués par les Allemands y trouvèrent asile.

 

Accès au Château

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Vue de la descente pavée

Arrivant par le plateau qui le domine à l'Est, on peut voir sur sa droite, par-dessus la ferme du château, les tours et les toits de celui-ci. Il faut laisser sa voiture le long de la route avant la ferme et se rendre à pied au château.

La rue pavée, en pente raide, passe sous un pont, dit " pont des soupirs " à cause de sa ressemblance avec celui de Venise. Sur la droite, avant le pont, deux lions héraldiques (sculptés vers 1930 par Brognon, artiste hennuyer) encadrent l'entrée ; ils portent des écus aux armes du dernier propriétaire et de son épouse - à gauche, celles de la famille van der Burch, à droite celles des Wavrin Villers au Tertre.

La tour d'entrée, de style Renaissance, a été édifiée par le comte Antoine Félicien van der Burch au début du XVIIIe siècle. Avec les appartements qui constituent l'aile attenante et le pont élégant qui enjambe les douves, c'est l'apport le plus récent à l'architecture des bâtiments.

Le porche, que ferment deux lourds vantaux, est surmonté des armes van der Burch. Le visiteur qui le franchit pénètre dans la cour d'honneur.

 

La cour d'honneur

chateaufort_aile.jpgVue de l'aile d'entrée

Face à l'entrée se trouvent les bâtiments les plus anciens, qui datent du XVIe siècle. Un portique à trois arcades de style ogival orne cette façade.

Le bâtiment de l'entrée, qui lui fait face, est lui aussi décoré de trois arcades, de style classique celles-là.

Au milieu de l'aile centrale, un portique ogival constitue l'entrée du musée.

 

Le musée

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L'aquarelle représentant la salle d'arme comme un living

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La cuisine

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Le premier intérêt de la visite est le château lui-même.

En parcourant ces salles, il faut en admirer l'architecture : la jolie voûte en bois de l'oratoire, la splendeur du grand salon, la gracieuse nef de la chapelle, la salle d'armes aux dimensions impressionnantes, et les deux monumentales cheminées gothiques - celle de la salle d'armes et celle du grand salon - qui sont parmi les plus remarquables du pays. Leurs manteaux monolithes de 4 m de long sont sculptés dans la masse, l'un au motif de la sirène et du chevalier marin, l'autre d'Adam et Eve, et tous deux frappés aux armes de Michel de Croÿ et de son épouse, Isabeau de Rotselaer.

Il faut se représenter en ces murs une vie quotidienne totalement différente de la nôtre.


Le décor a changé au cours des siècles : par exemple, les plafonnages, qui n'ont été introduits qu'au XVIIIe siècle, ont prodigieusement modifié l'aspect des lieux ; au XIXe siècle, l'oratoire était converti en bibliothèque ; la grande salle aujourd'hui consacrée aux porcelaines était autrefois divisée en deux chambres, qu'un corridor longeait le long du mur intérieur ; la cloison qui les séparait prenait appui sur une cheminée, prolongement de celle de la cuisine, qui avait deux foyers, un pour chaque chambre.

Les collections du musée, cependant, ne manquent pas d'intérêt, et augmentent beaucoup l'agrément de la visite. Elles ont été acquises et rassemblées par le comte Adrien van der Burch.

 

Sur le thème " les industries d'art du Hainaut ", elles réunissent une collection de verres (il y eut autrefois de nombreuses petites verreries en Hainaut), une collection de porcelaines de Tournai, et une collection de grès, utilitaires ou artistiques, de diverses provenances : La Louvière (Boch), Bouffioulx, Châtelet, Nimy, Dour ou Sars-la-Bruyère ; certaines portent la signature d'artistes renommés : Paulus, Guérin ou Craco, Petrus, Somville...

On admirera encore les portraits des membres de la famille van der Burch (du XVe au XXe siècle), du mobilier de différentes époques, les belles sculptures de la chapelle, et l'on s'intéressera à d'innombrables documents, objets, ustensiles, véhicules, armes, sceaux ou médailles.

 

   

 

 

 

 

 

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